LE PRIX         EXPOSITIONS          ÉDITION POPCAP


Et les gagnants sont…

Ces cinq artistes ont été sélectionnés parmi 900 candidatures venant de 94 pays ont été récompensés avec POPCAP '16, le Prix décerné par piclet.org pour la Photographie Africaine Contemporaine. Un panel de 20 experts internationaux du domaine de la photographie a examiné avec soin le nombre extraordinaire de soumissions à cette cinquième édition anniversaire du prix.


Nicolas HENRY

Né en 1978 à St Denis, France. Vit à les Mesnuls, France
www.nicolashenry.com

CONTES AFRICAINS D'AUJOURD'HUI, 2012–2014

Déclaration de l’artiste: Cette série est une suite de photographies prises dans des communautés en Afrique (Ethiopie, Rwanda, Madagascar et la Namibie) et dans les communautés africaines vivant dans la banlieue française de Paris. Au fil du temps, l'objectif du projet s’est rapproché vers le théâtre itinérant. Ainsi, les contes ont pris forme autour de l'Afrique. Les scènes à grande échelle sont fabriquées avec des objets trouvés sur place. La scénographie est imaginée avec la communauté locale afin d'évoquer le récit que vous voyez dans l'image. Chaque histoire est décidée et partagée comme un engagement de modèles. Le moment photographique est semblable à un théâtre car beaucoup de gens viennent pour assister à cette «performance», l'œil du public crée donc un nouveau dialogue. Le groupe unifié exprime non seulement sa vision du monde, mais il essaie également de le partager avec sa propre communauté.

Une troupe d'Indiens a gagné la guerre contre les Cowboys à Madagascar, un chrétien et une famille musulmane construisent ensemble une mosquée-église en Éthiopie. Parfois, il s’agit de la révolte contre les éléments de séparation de la vie, les frontières, la discrimination, la violence... D'autres fois, on évoque l'enrichissement mutuel et la solidarité qui créent de l'espoir, ou le développement de nouvelles idées. Parti de deux êtres humains pour finir en un groupe, ils ont voulu défendre une vision philosophique, humaniste ou poétique qui reflète leurs enjeux locaux, et leur propre vision du monde.


Jason Larkin

Né en 1979 à Londres, Angleterre. Vit à Londres, Angleterre
www.jasonlarkin.co.uk

en attendant, 2013–2015

Déclaration de l’artiste: Lorsque je vivais à Johannesburg, j'ai été frappé par la réalité quotidienne des gens qui attendent. Inactive mais pleine d’espoir, cette condition devient un écho visuel à la situation dans laquelle de nombreux Sud-Africains peuvent se trouver. Bien que beaucoup attendent seul, le nombre de personnes en attente devient une expérience collective qui s’étend sur toute la ville.

Visuellement, j’ai été attiré par ceux qui cherchent un abri contre le soleil brûlant de l'été en se mettant à l'ombre. Les silhouettes occupent ici des espaces éphémères de répit créés par le milieu urbain environnant. Ces ombres ôtent leur identité aux individus, ne laissant plus que la subtilité de leur posture et les détails du lieu. Avec seulement la période d'attente qui accompagne chaque image, le but ou les résultats possibles de ces situations ne sont pas clairs. Il nous reste à méditer sur la temporalité de ces situations individuelles et les connexions indirectes que l'attente crée dans la société.


Sabelo Mlangeni

Né en 1980 à Driefontein, Afrique du Sud. Vit à Johannesburg, Afrique du Sud

Isivumelwano: UN ACCORD, 2003–2014

Déclaration de l’artiste: Isivumelwano: Un Accord consiste en une série de photographies prises lors de différentes cérémonies de mariage d'Afrique australe. La première fois que j'ai utilisé un appareil photo c’était pour un mariage en 1997, je n'ai pas eu la chance de voir les photos parce que la mariée les a directement récupérées au laboratoire. L’ensemble de cette œuvre est une tentative de reconstruire ces images en observant comment un événement centré sur l'amour entre deux personnes se transforme en un événement communautaire.

Ce travail a commencé dans les townships sud-africains, et a continué avec une exploration de ces cérémonies dans les capitales du Lesotho, du Mozambique et du Swaziland. L’oeuvre en découlant se concentre sur la beauté et la nature ornamentale de ces cérémonies, ainsi que les traditions et les vêtements qui embrassent l'adaptabilité des cultures dans les villes africaines d'aujourd'hui. Les cérémonies de mariage dans les cultures d'Afrique noire australe sont des rassemblements importants, souvent avec plus d'une journée de célébration. Le travail se penche sur la façon dont les cultures d'Afrique australe se sont adaptées au fil des années, en se concentrant sur la fusion des pratiques culturelles africaines avec les rituels de mariage blancs occidentaux vus principalement dans les métropoles.


Thom Pierce

Né en 1978 à St Helier, Jersey. Vit au Cap, Afrique du Sud
www.thompierce.com

LE PRIX DE L'OR, 2015

Déclaration de l’artiste: La haute cour à Johannesburg va bientôt décider si un procès d'action de classe peut être annoncé contre les 32 sociétés minières d'or en Afrique du Sud. Trois cabinets d'avocats représentent un groupe de mineurs qui demandent ce recours collectif au nom de tous les mineurs souffrant de silicose et de tuberculose pulmonaire à force de travailler dans les mines d'or.

Sur une période de 20 jours en septembre et octobre 2015, Thom Pierce a voyagé autour du Cap oriental en Afrique du Sud, au Lesotho et à Johannesburg pour trouver et photographier les 56 mineurs malades ainsi que les veuves nommées dans la poursuite. Les photographies ont ensuite été affichées dans le bâtiment à côté de la salle d'audience à Johannesburg au moment de l'affaire, en Octobre 2015. Cela a été fait comme un plaidoyer, pour mettre un visage humain sur la procédure souvent austère et détachée en salle d'audience.

La silicose est une maladie pulmonaire évitable mais incurable qui est contractée dans les mines d'or à cause d’une protection insuffisante contre la poussière de silice. Les mineurs qui contractent la silicose sont fatigués, sont à bout de souffle rapidement et sont sujets à des infections pulmonaires, insuffisance respiratoire et la tuberculose. La plupart des mineurs qui sont devenus malades ont été renvoyés chez eux avec peu ou pas de compensation et aucun espoir de trouver un autre emploi.


Julia Runge

Née en 1990 à Berlin, Allemagne. Vit à Berlin, Allemagne
www.juliarunge.com

Basterland, 2015

Déclaration de l’artiste: Cent ans après que les Basters de Rehoboth se soient soulevés contre leurs colonisateurs allemands, la série de photos "Basterland" a la tâche de fournir un aperçu aux multiples facettes de la vie contemporaine du groupe ethnique vivant dans la Namibie d’aujourd'hui. Un spectre hétérogène d'images résulte dans des images condensées, révélant ainsi les contradictions tendues inhérentes à un phénomène typique de notre époque—la confrontation entre les processus de normalisation mondiale, et les structures régionales traditionnelles qui ont été confirmées au fil des générations et défendues contre de telles forces antagonistes externes. C’est un portrait d'une société qui semble se retrouver dans un «entre-deux» au milieu de tradition et de changement.

Des impressions subjectives délibérées du photographe émergent: Elle aussi, est imprégnée par cet «entre-deux», d'une part en raison de ses visites répétées dans la région afin de faire partie de la communauté; d'autre part à cause de son héritage européen, à travers lequel elle représente toujours quelque chose d'autre. Cette tension sature les images tout au long de la série; certaines images ont été partiellement mises en scène, d'autres ont été créées spontanément.

La signification presque constitutive de cette histoire, qui a été combattue encore et encore, est le thème central de ce travail: Le passé éclaire le présent, mais ce passé précisément a été conçu pour être constamment protégé du présent. Et pour terminer, le mérite de cette série de photos est de nous rappeler un épisode oublié de l'Histoire coloniale allemande.

Le nom "Baster" (Afrikaans pour bâtard allemand) peut sembler un peu péjoratif. Mais la communauté Baster se l’est attribué parce qu’il lui rappelle son patrimoine et son émergence. Les Basters sont les descendants de l'union entre les colons européens et leurs esclaves Khoisan indigènes durant la période coloniale au 18ème siècle. Pendant la colonisation sud-africaine, les Basters sont devenus un groupe de plus en plus indésirable et stigmatisé. Depuis l'indépendance de la Namibie en 1990, les Basters sont le seul groupement traditionnel en Namibie sans statut juridique spécial et, à ce jour, ils se battent pour leur acceptation et la reconnaissance dans la société.